Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? (citation)

« Pour chacun, l’avènement de son présent est un événement, le seul événement d’ailleurs : le monde existe-t-il encore autour de soi quand la sage-femme dépose dans les bras des parents l’enfant qui vient de naître ?  Ou dans la première caresse à l’être désiré ?  Là où chacun se trouve, le monde est.  Et nulle part ailleurs.

Pourtant, on le sait d’expérience, le monde existe aussi, quand même, malgré tout, sans nous…  Les solipsistes en philosophie – Berkeley et Schopenhauer par exemple – peuvent bien nous dire que le réel est un pur produit de ma conscience : on admire la pirouette ontologique, on prise la rhétorique et la sophistique, mais on n’y croit pas vraiment.  Alors le monde serait ma volonté et ma représentation, et rien d’autre ?  Allons, soyons sérieux.  Des sectateurs d’une communauté solipsiste au XVIIIe siècle – les Egomets – se firent convaincre par des coups de bâton assénés par de probables disciples de Diogène que le corps réel, c’est bien autre chose que sa représentation.

Et ce réel, qu’est-il donc vraiment ?  Même et autre ?  Chacun croit vivre une expérience sans double, et chacun vit la vie des autres. »

Michel Onfray, « Un monde de pure nécessité », dans Est-ce ainsi que les hommes vivent.

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